Premiers scripts, corpus, performance

Pendant l’automne 2016, nous avons  travaillé séparément à distance et aussi ensemble lors d’une session intensive à Paris du 5 au 10 décembre 2016. Nous avons avancé sur 3 fronts :

  • Les outils de traduction en python,
  • Le corpus de textes à traduire,
  • La forme à donner à notre première performance-test prévue à Orléans début mars 2017.
  • Et bien entendu, de nombreuses questions sont soulevées au cours de ce travail.

LES OUTILS DE TRADUCTION EN PYTHON

Un premier dictionnaire masculin-féminin

Pour ce dictionnaire, nous avons choisi de nous limiter aux mots masculins qui possèdent une forme féminine dans le français actuel, c’est à dire : les adjectifs, les déterminants, les pronoms et les substantifs qui désignent des noms de métiers et les fonctions.
Nous avons constitué ce premier dictionnaire masculin-féminin à partir du Lexique 3.81.
Il comprend les adjectifs, les déterminants, les pronoms (“ADJ”, “ADJ:dem”, “ADJ:ind”, “ADJ:int”, “ADJ:num”,”ADJ:pos”,”ART:def”, “ART:ind”, “PRO:dem”, “PRO:ind”, “PRO:int”, “PRO:per”, “PRO:pos”, “PRO:rel”)
Nous ajoutons au fur et à mesure les substantifs figurant dans le “Guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions” de 1999.

Nous laissons pendante la question des participes passés et pour l’instant excluons les participes présents.

Un premier script de traduction

Un premier script de traduction automatique basé sur ce dictionnaire donne des résultats assez encourageants.
Les principales erreurs sont dues aux homonymes orthographiques.
Quelques exemples cocasses : “tu tiens pour acquis” devient : “tu tiennes pour acquise”, ” il dit sur un ton sévère” devient “elle dite sur une ta sévère”…
Autres erreurs fréquentes : les noms masculins se terminant par “x” ou “s” ne permettent pas de déterminer le nombre du mot traduit au féminin, par exemple “gris” ou “faux”.
L’accord du participe passé est parfois impropre…
Ce sont les limites de notre méthode très basique qui ne tient pas compte du contexte ni de la fonction dans la phrase de chaque mot, mais se contente de les comparer aux entrées de notre dictionnaire.

La relecture-correction manuelle est donc nécessaire, mais elle porte sur moins de 0,4% des mots, ce que nous trouvons acceptable.

LE CORPUS DE TEXTES

Nous avons commencé à chercher des textes afin de les traduire en française. Nous y portons maintenant attention lorsque nous lisons un article ou un ouvrage. Nous cherchons aussi activement le type de modifications à opérer pour que notre intervention soit la plus visible ou effective possible. Une première piste de travail est de s’intéresser à la littérature qui parle du féminin en linguistique, et plus généralement du genre. Nous nous documentons donc sur la linguistique, en étudiant la façon dont la langue française change, inclut de nouvelles façons de nommer les femmes et leurs rôles dans la société et les freins à cela (comme le fait l’académie française et de nombreux autres acteurs sociaux).

Quelques ouvrages et textes que nous lisons :
– Le haut conseil à l’égalité homme-femme – guide pratique pour une communication sans stéréotype de sexe, 1999
Femme, j’écris ton nom, la documentation française, 1999
– La dglflf, langues et cité, n° 24 : féminin, masculin (la langue et le genre), 2013
– Eliane Viennot : Non, le masculin ne l’emporte par sur le féminin, petite histoire des résistances de la langue française. éditions iXe, 2014
– Eliane Viennot (sous la dir. de), avec Maria Candea, Yannick Chevalier, Sylvia Duverger, Anne-Marie Houdebine, et la collaboration d’Audrey Lasserre. L’Académie contre la langue française : le dossier «féminisation». éditions iXe, 2015
– Anne Dister, Marie-Louise Moreau, Féminiser ? Vraiment pas sorcier ! La féminisation des noms de métiers, fonctions, grades et titres. Editions Duculot. 2009

La difficulté que nous avons est qu’utiliser comme source des textes qui parlent directement de la question de la féminisation de la langue française pour les traduire en française rend le résultat confus. Ainsi, pour l’instant, nous avons décidé d’utiliser d’autres types de textes, d’autres thèmes. Cette recherche linguistique nous semble néanmoins au cœur de notre projet, et nous envisageons d’en travailler la matière textuelle lors de workshops ou autres interventions.

PREMIÈRE PERFORMANCE PRÉVUE À ORLÉANS EN MARS 2017

Le 2 mars 2017 nous présenterons le premier travail issu de ce projet à Orléans à l’initiative de la Labomedia lors d’une soirée de performances autour de la langue.

Pour ce premier prototype, nous avons choisi une nouvelle d’Isaac Asimov qui présente une société où le vote n’est plus l’apanage de chaque citoyen⋅ne pour chaque scrutin mais l’ordinatrice Multivac n’a besoin que de s’entretenir avec un électeur (dans cette nouvelle, seuls les hommes de 20 à 60 ans peuvent être choisis comme électeur) pour décider qui seront élus à tous les échelons de l’Etat. La thématique de la nouvelle résonne avec les élections présidentielles en France, les algorithmes prédictifs, les bots électoraux, etc.
Pour la performance, nous proposons une lecture en française de la version condensée de la nouvelle originale (moins de 30 minutes), puis une conversation en française avec le public.

Nous aimerions accompagner la performance d’une petite édition papier A6 de la version longue de la nouvelle.

Nous nous interrogeons sur la pertinence de doubler la lecture par une retranscription du texte à la manière des sous-titrages de films ou d’un karaoké.
Nous avons d’autres idées de mise en scène du texte :
– distribution du texte entre un récitant et un choeur,
– doublage de la performance vocale par une traduction signée/gesticulée

QUESTIONS SOULEVÉES AU COURS DE CE TRAVAIL

Jusqu’où aller dans la féminisation ? Se limite-t-on aux formes féminines existantes dans le français actuel ? Ou bien invente-t-on de toutes pièces des formes féminines pour les substantifs masculins en se basant sur les règles de féminisation des noms de métier ? Va-t-on plus loin en supprimant totalement la référence au masculin ? C’est-à-dire : on passe de “une homme” à “une femme”, de “la père” à “la mère”, etc.